Je sens le scoop.
Je suis certain qu’un livre est en préparation. Je le sens. Mais, je le sens. Vous n’avez pas idée.
En février 2007 à quelques mois de la présidentielle, elle avait sorti son bouquin Faiseurs de rois qui traitait du rôle des médias dans la campagne. Et là, je sens venir le coup.
Et croyez-moi, je compte bien exploiter ce scoop à fond. Pour une fois que j’en détiens un.
Ça va booster ma carrière de blogueur. Le Tout-Paris va débouler sur Le Véritable Blog.
Car je soupçonne la journaliste politique Hélène Risser de sortir un nouveau livre à l’aube des présidentielles de 2012.
Commet ça ? Vous ne connaissez pas Hélène Risser ? Elle est pourtant super connue.

LN
Pendant plusieurs années, elle a sévi dans l’émission de Daniel Schneidermann, Arrêt sur Images diffusée à l’époque sur France 5.
Aujourd’hui, elle est rédactrice en chef adjointe à Public Sénat de la Chaîne Parlementaire. Elle dirige et anime, entre autres, l’émission Déshabillons-les dans laquelle elle décortique le discours des politiques !
Sympa comme émission surtout quand Mélenchon met le pied dans la merde. Et quand je dis le pied… Allez Jean-Luc, ça porte bonheur !!!
J’ai commencé à suivre Hélène peu après la publication de mon billet Ne Mélenchon pas les torchons et les serviettes ! qui a coïncidé avec la diffusion du numéro de Déshabillons-les consacré à Mélenchon : les raisons de la colère.
En parcourant la bio d’Hélène ainsi que sa biblio, je me suis dit avec la sagacité qui est la mienne que cette journaliste politique préparait un coup pour 2012. C’était obligé.
Et PAF dans le mille.
Comment ? Vous pouvez répéter Hélène ? On ne va pas pouvoir parler de votre livre à paraître ? C’est top secret ?
Non ! Ne me dites pas cela. Je suis venu vous rendre visite à Paris pour en parler et vous êtres en train de me dire que ce n’est pas possible.
Et mon scoop alors ? Vous avez pensé à mon scoop. À mes annonceurs, à ma hiérarchie, à mes lecteurs. Vous y avez songé ne serait-ce qu’une seconde ? Non, bien-sûr.
Moi qui avais le secret espoir d’être repéré par un grand média parisien tel le Nouvel Obs. Vous savez Hélène, l’hebdomadaire où bosse le père de vos deux enfants.
Alors de quoi va-t-on parler si on ne peut même pas évoquer votre bouquin qui va sortir à l’automne.
Comment ça, je dois me débrouiller ? Ce sont les risques du métier de journaliste, vous dites ? Mais moi, je ne suis pas journaliste, je suis blogueur !
Puisque l’on parle de votre compagnon, tout va bien entre vous ? Pas de souci de couple ? Parce que tout le monde sait qu’à quarante piges, on peut être atteint par LA crise. La fameuse.
Surtout lorsque tout roule et que ça ronronne dans le couple avec les enfants.
On s’endort un peu, non ? On s’empâte.
Vous n’avez jamais été tentée par une petite histoire extraconjugale ? Mais je ne le crois pas Hélène. Fidèle ? Une enquête amoureuse ? Quelle enquête Hélène ?
Ah, votre roman publié en 2009. Vous êtes en train de me dire que le récit pourrait s’apparenter à ce que vous avez ressenti à l’approche de la quarantaine ?
Montrez un peu que je lise la quatrième de couverture.
Après avoir flirté avec un collègue de bureau lors d’une soirée trop arrosée, une femme entreprend d’écrire son journal amoureux. Elle est mariée. Lui aussi. Elle rêve de l’aventure. Lui a peur de tromper…
Rattrapée par la réalité, et par les démons féminins de l’investigation, la narratrice entreprend une véritable enquête sur le fantasme d’infidélité des femmes.
Études de stratagèmes, explorations littéraires, commentaires philosophiques : ce “roman-quête”, émaillé d’interventions lumineuses de psychanalystes et de chercheurs dissèque les nouveaux rapports entre les hommes et les femmes.

L'enquête !
Hélène, vous êtes un peu coquine, non ? Pas du tout ? Excusez-moi, je ne voulais pas vous vexer !
Mais pourquoi avoir demandé l’avis à tous ces cerveaux ?
Pour l’éclairage qu’ils apportent sur le fantasme d’infidélité des femmes.
Fantasme d’infidélité qui entre nous n’a rien en commun avec celui des hommes, je peux vous dire. Nous les hommes, on ne fantasme pas longtemps, on passe à l’acte. Puis on regrette. Ahahahahahaha !
Je sais Hélène, on me dit régulièrement que je suis un peu lourd. Je voulais juste faire un peu d’humour.
Comment ? Si j’avais lu le livre, je me serais rendu compte que le récit est beaucoup plus subtil que ma boutade à deux balles. Qu’à travers le récit, vous allez justement à l’encontre des clichés sur les comportements dits masculins et féminins.
Vous me l’offrez ? C’est gentil, je vais le lire. Une dédicace peut-être ?
Dites-moi Hélène, il y a de belles pointures qui ont collaboré à votre roman. Vous faites dans le psy ? Vos parents ? Psychiatres tous les deux. Intéressant. Ceci explique peut-être cela.
Enfant, vous habitiez sur le lieu de travail de vos parents. Un établissement spécialisé à Strasbourg. Hé ben, ça ne devait pas être drôle tous les jours.
Si ? C’était chouette ? Car l’endroit était très agréable. Grand jardin. Des cabanes dans les arbres. Et un petit con de voisin qui ne faisait pas parti des patients mais qui ne cessait de vous harceler.
Comme quoi la folie n’est pas toujours là où on croit. Au fond, indépendamment du lieu atypique dans lequel vous viviez, vous avez eu une enfance plutôt sympa.
Si je peux me permettre Hélène, vous donnez un peu l’image de la première de la classe. Vous êtes jolie, gentille et polie.
Tout roule pour vous au fond. Oui ? En même temps, si vous pouviez me dire que tout ne va pas bien dans votre vie, ça m’arrangerait un peu pour mon billet. Mes lecteurs aiment bien qu’on leur parle des problèmes des autres. Ça rend leurs propres problèmes plus supportables. Et puis ça fait de l’audience, vous arrivez à comprendre ça tout de même puisque vous avez écrit en 2004 L’audimat à mort.

L'audimat !
Non. Vraiment R.A.S. La vie avec ces hauts et ces bas. Et surtout beaucoup de boulot.
Justement Hélène, si on revenait à la politique. Parce que l’heure tourne et mon lecteur n’a toujours rien à se mettre sous la dent. Alors je me lance.
Que pensez-vous des rapports qu’entretiennent les journalistes avec les personnalités politiques et vice-versa ? Médias dont vous faites partie Hélène et personnalités politiques que vous recevez régulièrement dans votre émission Déshabillons–les ?
D’ailleurs, quel titre pour une émission ! La simple idée d’imaginer Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen à poil me donne des frissons.
À ce niveau-là Hélène, on n’est plus vraiment dans le domaine de la connivence mais plutôt dans celui du peep show. Ah. Excusez Hélène. Ce n’est pas une émission de strip-tease. Mais non Hélène. Je ne suis pas en train de vous confondre avec Pierre Carles qui lui-même a travaillé pour l’émission Strip-tease.
Comment pourrais-je faire une chose pareille ? Vous confondre avec Pierre Carles ? Ce même Pierre Carles qui dénonce grossièrement la connivence entre les journalistes et les politiques.
Mais puisque l’on en parle Hélène. Vous ne croyez pas qu’elle est bien réelle cette connivence ?
C’est plus compliqué que cela, vous dites ? Ne vous emportez pas. Expliquez-moi plutôt ! Je vous sens chaude bouillante. Non, passionnée !
Ça vous fait tiquer, Hélène, les gens qui font des amalgames sans aucun discernement. Je vous comprends. Tout n’est pas noir ou blanc. Il y a un large éventail de gris.
Vous, vous prétendez que cette connivence concerne une minorité de journalistes.
D’ailleurs ce n’est pas tellement la connivence qui est problématique mais la perte d’indépendance des médias. Mais c’est un peu pareil Hélène, non ?
Ah oui ? Vous êtes en train de me dire que les quelques journalistes politiques qui sortent du lot, le peuvent parce qu’ils montrent patte blanche auprès des dirigeants. Là haut, on apprécie les journalistes qui s’engagent à ne pas faire de vagues.
Mais c’est grave ce que vous avancez là Hélène.
Mais oui, je sais bien que tout le monde n’est pas comme ça et que nombreux sont les journalistes qui font leur métier correctement.
Mais c’est quand même drôlement inquiétant. De plus, si on se penche sur les magnats qui détiennent les médias et qui se font courtiser par les politiques et réciproquement, on peut se demander si le système démocratique n’est pas en faillite.

Sans compter les nommés du Service public...
Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il faudrait en permanence confronter le discours des personnalités politiques avec la réalité. Le problème, c’est que les journalistes ne connaissent pas le fond des dossiers et que personne ne peut vraiment contredire les politiques.
Et voilà, Hélène. Nous y sommes. Le fond du problème. La forme plutôt que le fond.
On évolue constamment dans l’apparence. On a le sentiment que les politiques maîtrisent leurs sujets, mais si on n’y regarde de plus près. Rien n’est moins sûr. C’est du bluff.
Vous prenez quand même des risques Hélène en disant cela. Ça ne vous fait pas peur. Non ?
Vous êtes courageuse ! En même temps, je pense que vous dites la vérité.
En parlant de fond et avant que je ne le touche, son traitement est-il compatible avec la télévision où tout est plutôt superficiel?
Ah oui ? C’est d’ailleurs ce qui est intéressant à Public Sénat, c’est que vous pouvez traiter du fond des choses malgré les petits moyens de la chaîne.
Comment ? Vous n’avez qu’une assistante et un stagiaire pour faire l’émission Déshabillons-les ? Ouhaaa. Hé ben dites-moi, c’est du beau bricolage. Car vous pouvez être fière de vous et du résultat qui est particulièrement réussi.
Cinq cent mille téléspectateurs par numéro de DHL. Not bad Hélène. Sans compter les visualisations sur le web.
Je vous tire mon chapeau. Et vous savez que je ne dis pas cela par flagornerie. Croyez-moi, c’est sincère.
Et le livre sera donc inspiré de toutes vos rencontres que vous avez eues tout au long des tournages de l’émission, n’est-ce pas ?
Mais Hélène, revenez. Ne partez pas comme ça. Hélène. Hélène.
Oh putain mais qu’est ce que je vais bien pouvoir raconter à mes lecteurs moi ?
© Hervé Ritable – Avril 2011
Tags:Hélène Risser, Interview, Politique, Télévision