Vous ne trouvez pas que ça sent la merde ici. Non ?
En octobre 2010, Bertrant Cantat faisait une brève apparition sur une scène de Bègles. Quelques réactions. Trois petits tours et puis s’en vont… On a la mémoire courte au pays des droits de l’Homme. Et accessoirement au pays des droits de la Femme.
Avril 2011, Cantat est annoncé au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal dans une pièce du dramaturge Wajdi Mouawad. Tremblement de terre au Québec. Les médias et la blogosphère s’emballent. Beaucoup sont contre la venue de Cantat. Peu sont pour. Les juristes, les culs-bénis, les conservateurs, les gauchistes, les bobos s’écharpent. Tout le monde y va de son commentaire. Mais au moins, ça réagit. D’ailleurs, le billet publié par Véronique Robert, avocate en droit criminel, en dit long sur le caractère passionnel autour de l’affaire.
La secousse québécoise arrive gentiment jusqu’à Avignon où Cantat est censé se produire. Les médias français se réveillent un peu, baillent et se rendorment. Depuis, chaque jour apporte son lot de Cantat la poisse.
Jouera, jouera pas. Viendra, viendra pas ? Et l’éternel débat reprend.
Les uns crient :
Il a payé sa dette, laissez-le remonter sur scène.
Les autres hurlent :
Un peu de retenue par respect pour la famille de la victime.
Blablablabla.
Alors que les choses soient claires !
Je ne demande pas à Bertrant Cantat de ne plus créer ou de ne plus être un artiste, je lui demande uniquement un peu de pudeur et de dignité. Cantat, homme public, a choqué l’opinion en assassinant Marie Trintignant. Même s’il a payé, il devrait de lui-même, pour lui, pour ses enfants, faire preuve d’humilité, de décence, de bon sens et de réserve en évitant les apparitions publiques malsaines. Le Cantat d’après le crime ne peut plus être le Cantat d’avant.
Écris, chante, enregistre mais ne te produis pas Bertrand. Oh Bertrand !! Tu m’entends. Tu as de la merde dans les oreilles. Ça serait tout de même surprenant pour un musicien comme toi. Ohé. Bertrand. Il y a quelqu’un à l’intérieur ?
Il ne m’entend pas. Il ne veut peut-être pas m’entendre. Il s’en fout en fait.
Bon. Changeons de stratégie.
Ohé ! Wajdi Mouawad, Alain David, Hervé Loichemol. Vous m’entendez ?
Ouhou ! Je suis là.
Ohé !!! Il y a quelqu’un ??
Personne.
Putain que ça sent la merde ici…
Je regarde sous mes chaussures. Mais c’est quoi cette odeur de pourriture ?
En interpellant Wajdi Mouawad, Alain David et Hervé Loichemol, j’essayais juste d’attirer l’attention de ceux qui poussent Cantat à remonter sur scène. Des petites Bytes en puissance. Comment ? Vous ne connaissez pas Bytes ? Mais si vous connaissez Bytes, c’est obligé.
Bytes, c’est le propriétaire d’Elephant Man. Vous vous souvenez de ce formidable film sorti en 1980 retraçant la vie de Joseph Merrick atteint d’éléphantiasis et présentant des difformités atroces du visage. Dans le film, Bytes est celui qui exploite Joseph Merrick en l’exhibant dans les foires.
Au fond, les Wajdi Mouawad, dramaturge, les Alain David, maire de Cénon, ville dans l’agglomération bordelaise, les Hervé Loichemol, directeur de la Comédie de Genève, ce sont un peu des Bytes.
Bytes exhibait Joseph Merrick pour son apparence choquante malgré une beauté intérieure insoupçonnée.
Aujourd’hui, les Wajdi Mouawad, les Alain David ou les Hervé Loichemol exhibent Bertrand Cantat pour sa beauté légendaire et son pseudo-talent malgré un intérieur pourri aux relents d’inconscience.
Il n’y a pas quelqu’un qui voudrait ouvrir la fenêtre, ça sent vraiment trop la merde.
Alors oui, chers lecteurs, moi l’agnostique, je suis capable d’adhérer au concept de pénitence et de repentance. Je peux concevoir la rédemption. J’encourage le pardon. Mais pardonner, ce n’est pas oublier. Je ne peux adhérer au concept de l’oubli que certains réclament pour Cantat. Et je ne suis pas le seul.
Lorsque Christine Salvadé et Ariane Dayer, journalistes du canard suisse romand Le Matin Dimanche, interroge la star du barreau genevois, Me Dominique Warluzel concernant le droit à l’oubli pour Cantat, l’avocat répond :
“[…] J’observe que cet ancien chanteur assied désormais sa notoriété sur son capital pénal davantage que sur son rayonnement artistique. […] Le droit à l’oubli en tant que notion juridique n’existe pas, ni en Suisse ni en France. C’est une prérogative que tentent de s’arroger les auteurs de crimes qui ont rencontré un certain retentissement ou les héritiers de ceux qui portent leur patronyme comme fardeau. L’oubli participe des mécanismes de la conscience et de la mémoire collective. D’ailleurs, les victimes, elles, n’ont pas de droit à l’amnésie. Elles ne peuvent pas se réveiller un jour en décidant d’oublier l’agression ou l’homicide qui les a directement ou indirectement frappées. […] L’oubli n’est pas un concept juridique. C’est un mécanisme diffus qui s’accentue sous l’effet de l’écoulement du temps. Son ampleur dépend de la profondeur de la marque qu’un acte criminel a, ou n’a pas, laissé. Cela dépend de l’auteur, de son mode opératoire ou de la notoriété de la victime.”
[Je m’excuse auprès de mes amis suisses pour mes piètres références journalistiques mais que voulez-vous, tout le monde ne peut pas lire Le Temps…]
Malgré le temps qui passe, je suis contre l’oubli.
Contre l’oubli d’un crime ou de crimes commis quelles que soient les circonstances.
Contre l’oubli d’une vie qui se termine par la seule volonté d’autrui.
L’oubli, c’est participer au reniement et au négationnisme.
Pouhhh, ça sent vraiment la merde. Je vais vomir !! Ah mais j’ai trouvé d’où vient cette odeur de merde. Ça vient du site de Wajdi Mouawad.
Le scarabée est un insecte qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que lui. Les intestins de ces animaux ont cru tirer tout ce qu’il y avait à tirer de la nourriture ingurgitée par l’animal. Pourtant, le scarabée trouve, à l’intérieur de ce qui a été rejeté, la nourriture nécessaire à sa survie grâce à un système intestinal dont la précision, la finesse et une incroyable sensibilité surpassent celles de n’importe quel mammifère. De ces excréments dont il se nourrit, le scarabée tire la substance appropriée à la production de cette carapace si magnifique qu’on lui connaît et qui émeut notre regard : le vert jade du scarabée de Chine, le rouge pourpre du scarabée d’Afrique, le noir de jais du scarabée d’Europe et le trésor du scarabée d’or, mythique entre tous, introuvable, mystère des mystères.
Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté.
Et là, Wajdi, j’ai une question à te poser. En lisant ton texte, on a le sentiment que l’artiste ne participe pas à la fabrication des excréments de notre société. On dirait que l’artiste se nourrit de la merde du monde pour parfois faire jaillir la beauté sans jamais avoir envie de chier. L’artiste ne chie pas.
Selon toi, Wajdi, l’artiste est-il en dehors de la société et de sa merde ?
Est-il au-dessus de tout le monde ? Où se place-t-il donc ?
Et le scarabée Cantat, Wajdi, où se situe-t-il ? Peut-il se nourrir de sa propre merde ?
Si tel est le cas, fais gaffe Wajdi, car ton pote Cantat pourrait bien en crever tant il semble pourri de l’intérieur.
Tags:Bertrand, Cantat, Crime, Marie, Trintignant, Wajdi Mouawad





Article aussi puant que son contenu…
Ce que je trouve indécent, pour ma part, ce sont les efforts démesurés de pseudo journalistes ou journalistes confirmés -c’est pire- pour tenter de faire du buzz en dissertant à l’envie sur les quelques participations artistiques auquel Bertrand Cantat a participé ou va participer sur les quatre dernières années.
Il y a des choses bien plus choquantes qu’un chanteur qui participe à la chanson d’un autre, d’autant que ce n’est pas lui qui court après les médias.
Il y a des choses bien plus importantes sur lesquels il serait bon de s’indigner.
Et c’est rabaissant que d’insulter ceux qui ne pensent pas comme vous…
Merci pour votre commentaire.
Je ne crois pas vous avoir insulté.
C’est votre droit d’aimer Cantat comme c’est le mien de ne pas l’apprécier.
Ce que j’essaye de démontrer, c’est l’impossible réconciliation entre Cantat, l’homme public avec notoriété avant le crime et l’après.
Cantat d’après le crime ne peut plus être le Cantat d’avant.
Vous avez aussi le droit de considérer que mon texte est puant. Une merde reste une merde.
Mais il ne faut pas s’étonner que ça pue. C’est tout à fait normal.
Je suis d’accord avec vous sur le fait que nous devrions nous indigner sur des choses que vous considérez plus importantes.
Toutefois, à mes yeux, la mort d’une femme demeure une chose importante à ne pas oublier.
Sur quel sujet voudriez vous vous indigner ?
Tu t’es vu Cantat bu, même si tu préfères le Cantat doux qui fleure bon et bleu au rock fort qui pue et tue?
A vrai dire je suis partagee. Le pardon ne veut pas dire l’oubli ou la justification comme beaucoup le croient a tort. Et donc dans ce cas, il ne s’agit pas d’oublier, et peut-etre meme pas de pardonner. Mais Dura lex sed lex, et apres avoir purge sa peine, Cantat est remis en liberte. Que proposerais-tu qu’il fasse de sa liberte? Apres tout, c’est un artiste, et un artiste sans public, c’est difficile a concevoir. Il va bien falloir un jour qu’il puisse se representer en public sans que cela cree un debat. Sinon, quel interet d’avoir ete remis en liberte?
Merci pour votre commentaire.
Cantat a été condamné. Il a payé. Et vous avez raison. Il est libre de ses actes.
Il n’est toutefois pas condamné à remonter sur scène
Même pour faire son métier d’artiste.
Comme je l’ai écrit ici et là, il y a, selon moi, une impossible réconciliation entre Cantat, l’homme public avec notoriété avant le crime et l’après.
Cantat d’après le crime ne peut plus être le Cantat d’avant.
Bien à vous.
RV
Monsieur,
Ce n’est pas moi que vous insulter en les traitant de relents de merde. C’est Mouawad, et tous ceux qui se sont positionnés pour sa participation scènique, ou simplement pour respecter les choix du metteur en scène. Donc Loichemol hier, le directeur du Rocher et le maire de Cénon aujourd’hui, le directeur du Grand T et des Célestins demain, les directeurs des théâtres de Brest, Reims, Nanterre, Madrid, et Athenes après-demain…Et toute la troupe de Mouawad au passage.
Pourquoi réduisez-vous leur positionnement, parce qu’il est différent du votre, à des relents nauséabonds, au mieux à l’opportunisme ou du cynisme ? Si leur positionnement est lié à leur conception du droit à la réinsertion, au pardon ou à Dieu sait quoi, en quoi ce positionnement est-il puant ? Et s’il est ainsi par amitié, de même. Si l’un de vos amis chutait, comme il a chu, vous lui tendriez la main ou vous lui tourneriez le dos en les traitant de merde ?
Vous ne m’insulter pas mais cela peut venir. Aprsè écrire sur ceux qui lui tendent la main aujourd’hui, qu’écrirez-vous sur ceux qui iront le voir sur scène et applaudiront le spectacle demain, quelles ait été leurs motivations pour s’y rendre ? Alors que ces motivations peuvent être multiples, peut-être très personnelles, voire très éloignées d’une hystérie sans recul minimisant l’acte ou l’occultant. En quoi ces motivations serait-elles condamables ou choquantes ?
Si je suis d’accord avec les propos de Mouawad sur l’opposition entre justice et symbole, et le refus de la réduction, par conviction, deviens-je puante à vos yeux ?
Et sur le plan professionnel, si je ne savais regarder et écouter quelqu’un qu’en le réduisant à un acte, une attitude et un propos, il me faudrait d’urgence changer de travail, car je serais aussi toxique qu’inefficace (je travaille auprès de personnes cumulant des handicaps, souvent des pathologies psychiatriques, parfois des casiers criminels).
Je ne sais comment s’appelle en français cette figure de style qui rapproche deux idées distinctes par un raccourci. C’est pourtant comme cela que je comprend votre réponse “pour moi, la mort d’une femme est un sujet important” : “Il a tué, c’est important, il va remonter sur scène, c’est puant. Si vous ne trouvez pas cela puant, c’est donc que vous ne trouvez pas la mort d’une femme importante…” Ce n’est pas un raccourci un peu hasardeux ?
Le terme “assassin” est inapproprié légalement et vous ne l’ignorez surement pas. Il s’est glissé par erreur ou vous mettez à escient in terme faux et orienté pour soutenir votre argumentaire ?
Mille choses m’indignent mais je vous indisposerais surement à les lister.
Madame,
Votre manière d’interpréter un texte est surprenante.
Vous êtes dans le fantasme presque délirant qui ne correspond pas à ce que j’ai écrit.
Je ne réduis pas leur positionnement. Je le dénonce.
Le mot que vous cherchez, Madame, est, je pense : amalgame qui correspond certainement aux raccourcis dont vous parlez.
D’ailleurs, votre commentaire est truffé d’amalgames et de raccourcis.
Je n’insulte ni la troupe de Mouawad, ni ceux qui iront voir Cantat sur scène.
De plus, en aucun cas, je ne me permettrais de vous insulter.
Pourquoi le ferais-je ?
Parce que vous n’êtes pas d’accord avec moi.
Mais tant mieux si vous avez un avis différent.
Tant mieux si mon texte vous indigne.
Comme l’explique très bien Mouawad dans une conférence de presse donnée le 18 avril dernier, nous sommes dans un rapport moral fondamentalement différent, dans des valeurs morales différentes. Vos valeurs ne sont pas meilleures ou pires que les miennes. Elles sont différentes.
http://www.expressottawa.ca/Video/13558/Mouawad-explique-ce-quil-a-appris-de-la-controverse-impliquant-Bertrand-Cantat
Je regrette que vous ne daignez pas me dire ce qui vous indigne.
Je suis certain que nous trouverions des indignations communes.
Et nous constaterions, j’en suis convaincu que nous avons beaucoup plus de points communs que vous ne vous l’imaginez.
Bien à vous Madame.
RV
Entièrement d’accord. Cantat exploite l’espèce d’”aura” (!!) qu’il a gagnée par son crime et sa condamnation. Mouawad est bien sûr tout-à-fait prêt à tirer parti de ce genre de situation scabreuse.
Mais ce qui est vraiment écoeurant, c’est qu’une bonne partie du public est prête à les applaudir!! Cantat, le pauvre… est presque considéré comme un héros de tragédie.
Imaginons une seconde que ce soit lui qui soit mort, Marie Trintignant qui l’ait tué. Elle serait encore en prison, haïe par tout le monde, et n’essaierait même pas d’ouvrir sa gueule.
Merci pour votre commentaire.
Je lisais un article de Libé paru le 2 juillet dernier qui revenait sur le sort d’un certain Christian Carrié, triste personnage qui poignardé sa compagne après avoir violé ses enfants.
http://www.liberation.fr/societe/01012346708-manque-de-pot-je-l-ai-poignardee
Il a été condamné lui à trente ans de prison pour le meurtre qu’il a commis.
Mais c’est vrai que Cantat n’a que battu Marie Trintignant à mort.
C’est certainement ce qui fait toute la différence aux yeux de la justice.
Bertrand te chie dessus, connard!
Merci Ô toi fan de Cantat à l’image de ton idole